"J'vais grave bien, ouais :)"

 "J'vais grave bien, ouais :)"


On m'a laissée avoir un IMC de 12 sans m'hospitaliser. On m'a laissé me lever à 6h du matin et me coucher à 23h chaque jour pour faire du sport, malgré ma faiblesse. On a laissé mon taux de potassium descendre jusqu'à la limite en-dessous de laquelle cette carence devenait mortelle. On m'a confiée à un médecin généraliste dont j'étais le premier cas d'anorexie mentale. On m'a confiée à une psychologue qui me crachait à la figure "Tout est de TA faute" à chaque scéance. On m'a laissée bousiller ma croissance. On a laissé mes cheveux tomber par poignées. On m'a laissée des nuits entières sans dormir parce que la faim me tiraillait le ventre. On m'a laissée mentir un nombre incalculable de fois. "Tout va bien, pas de soucis". On m'a laissée croire que toute cette merde n'était qu'un caprice de gamine. Et puis après, on m'a laissé reprendre tout le poids perdu et plus sans me faire suivre par un nutritionniste, ni aucun autre docteur ou psychologue. Parce qu'on pensait qu'une prise de poids était équivalente à la guérison. On m'a enfoncée dns ma haine envers moi-même en me disant que je devenais grosse et sans volonté. On m'a laissée, pendant trois ans ne manger qu'une pomme à midi et n'importe quoi le soir. On m'a laissée complexer au point que je me cache toujours en-dessous de pulls larges, de vestes ou d'écharpes et que je ne me mette jamais en maillot ou en t-shirt. On m'a laissée me détester au point de mépriser ou de ne pas comprendre les gens qui m'aimaient. On m'a laissée croire que je n'étais qu'un gros tas inutile. On m'a laissée fuir mon reflet méthodiquement, sans considérer ça anormal. On m'a laissée me faire vomir après chaque repas pendant 1 an. On m'a laissée alterner jeûnes, régimes draconiens, crises et vomissements sans aucune limite. On m'a laissée gâcher 2 102 400 minutes soit 4 ans de ma vie à penser à la bouffe. On m'a laissée me détruire. On m'a laissée crever à petites doses.

Je me vengerai.



# Posté le samedi 15 décembre 2007 08:00

Modifié le lundi 24 novembre 2008 09:12

Je ne m'aime pas.



On me demande si je vais bien, on me demande si je suis heureuse, on s'intéresse à ce que je fais et, en fait, rien de tout cela n'a de sens. On me propose de m'aider, on me propose des méficaments, on me tend une cigarette et je trouve tout ça joliment absurde. J'étudie mes examens, je parle à des gens, je fais des trucs qui remplissent les heures creuses de ma journée ; le monde continue de tourner, les oiseaux de chanter, les couples de faire l'amour, les voitures de polluer et les pauvres d'être pauvre. Mais rien n'y fait - tout cela ne m'affecte plus : l'image que me renvoie mon miroir est toujours aussi laide. Chaque fois, c'est la même chose, la vague de haine qui me submerge est tellement forte que j'ai l'impression que je vais en crever. Mais ce n'est qu'une impression ; c'est peut-être ça qu'on appelle l'ironie du sort.
Aujourd'hui, j'en suis arrivée à un tel point que le seul sentiment qui m'apparaît comme la suite logique de ma vie est le dégoût.
Non, décidemment, je ne m'aime pas.




_Heidi Slimane

# Posté le vendredi 14 décembre 2007 15:17

Modifié le lundi 24 novembre 2008 09:12

Petite conne, j'avais l'impression que c'était un peu la même chose que petite salope, non?

Petite conne, j'avais l'impression que c'était un peu la même chose que petite salope, non?



J'aime pas être saoule. Dès que je bois un peu, j'ai l'impression que l'odeur dégeulasse de bière va m'étouffer. Je ne remarque même pas la différence entre les alcools - c'est toujours la même odeur âcre qui suintait déjà des murs à l'époque. Et puis il y a toujours cette image du père qui me revient en mémoire.
C'était l'hiver et j'étais en pantoufles dans la neige. Je me souviens que ça m'a marqué, d'être en pantoufles dans la neige parce que d'habitude, on m'aurait renvoyée mettre des chaussures. Il aurait pas fallu attraper un rhume.
Mais ce jour-là, il y avait le père qui balançait les vêtements de la mère par la fenêtre. Et puis les chaises quand il n'y avait plus eu de vêtements. On le regardait en silence, j'me rappelle, ma mère, ma soeur, mon frère et moi. Eux, ils sanglotaient doucement. Moi, j'pleurais pas. J'pleurais pas parce qu'à l'intérieur, j'étais toute cassée.
Après, quand il n'y avait plus rien eu à jeter, le père s'était assis sur le rebord de la fenêtre et il avait continuer à boire à la bouteille en se balançant. Alors, j'm'étais mise à hurler : "Il va sauter", "Il va sauter", "Il va sauter". Et lui, là-haut, il avait rigolé avec l'air de même pas comprendre c'que j'disais.
Mais il avait pas sauté. Il était allé dormir. Même qu'après, c'était moi qu'on avait envoyée chercher l'alcool qu'il avait peut-être caché dans sa chambre. J'avais dû frapper très fort à la porte pour le réveiller parce que c'était fermé. Il avait fini par m'ouvrir et j'avais un peu tourné dans la chambre pour voir où il aurait pu planquer ces bouteilles. C'était dégueulasse parce qu'il y avait du vomi et du désordre partout. Il y en avait en-dessous du lit, du vin, et je m'étais penchée pour le prendre mais il m'avait rattrapée violemment par le bras. " C'est la mère qui t'envoie, petite salope?" il avait hurlé en me poussant hors de sa chambre.
Petite salope.
Petite salope.
Il y a des choses qu'on ne dit pas à une fillette d'une dizaine d'années.

Alors, maintenant, quand je bois et que les gens se mettent à vaciller, j'repense toujours à ça. J'oublie pas, justement.
Il va sauter. Il va sauter.
Non.
Petite salope.
Il aurait dû.
Et je ne peux pas m'y résoudre. Je deviendrais n'importe qui, n'importe quoi, mais je ne leur ressemblerai pas.




"Ils s'font rares les héros."




_'Liquid Crystals' Marie-Jo Lafontaine

# Posté le vendredi 14 décembre 2007 15:17

Modifié le lundi 24 novembre 2008 09:13

Navrée de ce brusque déménagement.

Navrée de ce brusque déménagement.


I ' m_a l l_m e s s e d_u p.



# Posté le jeudi 13 décembre 2007 08:37

Modifié le lundi 24 novembre 2008 09:13